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Abécédaire des femmes qui m'inspirent : B Pour Taytu Betul

  • Writer: Ella
    Ella
  • Apr 21, 2020
  • 3 min read

Updated: May 22, 2020


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Aujourd’hui je vous parle de Taytu Betul, l’avant-dernière impératrice d’Éthiopie.

Taytu Betul ,dont le prénom signifie soleil, est née aux alentours de 1840 dans une province au Nord-Ouest de L’Éthiopie. Elle descendrait du Roi Salomon et de la Reine de Saba. Elle épouse l’Empereur Ménélik II (son cinquième époux) en 1883 et devient ainsi impératrice.


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Taytu Betul est décrit comme une femme cultivée qui sait lire et écrire l’Amharique (langue éthiopienne) ce qui est rare pour les femmes à cette époque. Elle est également douée pour les arts traditionnels éthiopiens. Lorsqu’en 1889, l’empereur d’Abyssinie meurt, Ménélik II lui succède et Taytu devient ainsi impératrice. En grande patriote, Taytu Betul s’implique dans la vie politique de son pays. Elle est réputée pour son caractère autoritaire, déterminée et impose sa volonté à son époux ce qui lui vaut une grande influence sur la cour mais qui la rend impopulaire auprès de la population.


L’impératrice n’est autre que celle qui fondera la capitale actuelle de l’Éthiopie : Addis-Abeba, qui signifie la « Nouvelle Fleur » en Amharique. Elle y fait construire la résidence impériale dans laquelle elle vivra avec son mari et le premier hôtel d’Éthiopie. Par la suite, elle modernise la ville qui devient le centre d’impulsion politique et économique du pays.


Taytu Betul joue également un rôle très important durant la colonisation.

Il me semble important de parler un peu du contexte ici. Au XIXème siècle, (surtout à partir de 1880) les puissances européennes entrent en compétition lors de la Conférence de Berlin pour se partager le fameux gâteau qui est le continent Africain. Débute alors une période de colonisation pour les pays africains qui se voient entravés, dépossédés de leurs richesses et de toute dignité. La France, l’Italie, l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, le Portugal et le Royaume-Uni établissent ainsi leurs colonies en Afrique. Par exemple, la République Démocratique du Congo actuelle passe sous l’autorité de la Belgique, la Côte d’Ivoire est contrôlée par la France…

Revenons à notre sujet principal à présent. Parmi les nations présentes à la conférence de Berlin, il y a l’Italie. Après avoir conquis l’Érythrée, cette dernière vise à coloniser l’Éthiopie mais c’était sans compter sur la résistance de cette région car l’Éthiopie est une nation guerrière très puissante. L’Italie en a conscience et pour arriver à prendre le contrôle du pays, un traité, rédigé en Italien et en Amharique, est soumis à Ménélik II pour qu’il le signe. Cependant le traité ne dit pas la même chose en Italien et en Amharique et c’est là que Taytu Betul entre en jeu. En effet, elle s’est toujours méfiée de l’influence italienne et trouvait inacceptable pour son pays d’être dépendant de l’Italie. En 1890, elle écrit à l’ambassadeur d’Italie : « Vous voudriez faire passer l’Éthiopie pour votre protectorat, mais il n’en sera jamais ainsi ». L’impératrice émet donc des doutes quant à la fiabilité du traité et recommande vivement à son mari de ne pas le signer. Ménélik ne le signe pas et l’Italie rentre en guerre avec l’Éthiopie en 1895. Le 1er mars 1896, 100 000 guerriers et guerrières font face à l’Italie lors de la Bataille d’Adoua. Taytu Betul apparaît ainsi en grande cheffe de guerre car elle conçoit les plans de la bataille, dirige les armées et se place en première ligne avec son bataillon constitué d’hommes et de femmes. La bataille se solde par une victoire écrasante de l’Éthiopie qui reste ainsi une nation libre. Cette victoire envoie un message fort au monde car on a la preuve qu’un État africain peut battre une nation occidentale.


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La paralysie de son mari force Taytu Betul à s’impliquer davantage dans les affaires politiques du pays mais elle est contrée par les ministres qui l’écarte du pouvoir. En 1916, alors que Iyassou (héritier du régent Ras-Bitwoded) est au pouvoir, il est renversé et Zewditou ou Zayditu, belle-fille de Taytu prend le pouvoir. L’ancienne impératrice meurt le 11 février 1918 à Entotto où elle s’est exilée et repose actuellement dans le mausolée du palais Ménélik à Addis-Abeba.


L’histoire de Taytu Betul me tient particulièrement à cœur car elle associe lutte féminine et lutte contre la colonisation. L’impératrice se démarque par sa force, son ingéniosité et son patriotisme. Dans un monde dominé par les hommes où les femmes n’étaient pas ou peu éduquées, elle a réussi à sortir son pays de l’emprise colonisatrice et je trouve cela admirable. Plus largement, à mon sens, la résistance Ethiopienne devrait être reconnue par tout le monde comme un symbole de panafricanisme fort qui ne doit jamais être oublié.


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Portrait de Taytu réalisé par Geórgios Prokopíou en 1905


A la prochaine fois,

Ella.

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